Comparatif TEOM (ou ROM) et fiscalité 4 taxes

Voir aussi
Edito
TEOM ou ROM
intercommunale

Il y a au moins 3 solutions à la disposition de chaque commune pour couvrir les charges d'enlèvement des ordures ménagères : la taxe d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM), la redevance d'ordures ménagères (ROM) et aucun prélèvement distinct, donc la prise en charge par les 4 taxes. Que choisir ?
Pour bien comprendre les mécanismes à l'oeuvre, nous allons partir sur un exemple théorique. Avec des chiffres réalistes qui ont plutôt tendance à minorer le phénomène. Les chiffres posés en noir ci-dessous sont des données, les chiffres en bleu résulte d'un calcul.

Source : 1259 MI
Base notifiée Taux Produit assuré
10 000 000
10%
1 000 000
Allocation compensatrice
100 000
Produit global de TH
1 100 000
7331 - Produit TEOM
200 000
Produit global de TH + TEOM
1 300 000

Par hypothèse simplificatrice, on suppose remettre la charge de la TEOM à 100% sur la TH :

Base notifiée Taux Produit assuré
10 000 000
12%
1 200 000
Allocation compensatrice
100 000
Produit global de TH
1 300 000

C'est une simplification qui ne fait pas la part des ménages et des entreprises. A priori, il semblera logique de faire un prorata entre TH et TP sur la base de l'état 1204MF qui distingue différentes catégories de locaux et notamment les locaux professionnels.

Pour mémoire, au moment du choix de la politique fiscale, on connaît aussi les 2 éléments suivants :

L'allocation compensatrice concerne les exonérations ou dégrèvements totaux (sauf RMI). Il s'agit des plus de 60 ans, veufs, invalides, bénéficiaires de l'AAH ou de l'allocation supplémentaire du FNS, dont les revenus sont inférieurs à un chiffre réévalué annuellement (43 550 F + 11 650 F par demi-part supplémentaire en 1998 - revenus déclarés pour 1997).
Dans la pratique, cette première catégorie correspond à un public, théoriquement stable, qui ne reçoit pas d'avis d'imposition. Les autres exonérations figurent sur la feuille du contribuable et sont très variables. C'est le Trésor Public qui verse le montant des exonérations (presque toutes partielles) sur le compte de la collectivité. En fait, bien souvent, un contribuable correspond à deux tiers au niveau de l'enregistrement comptable qui n'est pas effectué directement par la collectivité locale.

Ci-dessous l'élément comparatif essentiel pour comprendre la distorsion produite par l'arbitrage entre hausse de fiscalité TH ou création d'une TEOM (ou ROM).

1386 Mbis TH de n
Si THn = 10%
Si THn = 12%
Bases Produit Bases Produit
Base nette exonérée
1 280 000 102 400 1 280 000 102 400
Dégrèvement RMI
10 000 1 000 10 000 1 200
Dégrèvement partiel 100%
360 000 36 000 396 000 47 520
Dégrèvement partiel 50%
115 000 11 500 126 500 15 180
Plafonnement 3,4%
285 000 28 500 313 500 37 620
Cotisations inférieures à 80 F
1 100 110 900 108
Total pris en charge par l'Etat
179 510 204 028

Commentaire. Les produits pris en charge par le Trésor Public sont traduits en équivalent base nette sur la 1386 MBisTH. Il est difficile de mesurer les effets de la hausse des taux sur la prise en charge de l'Etat. Certains contribuables sont en effet "rattrapés" par les seuils. Les chiffres posés ci-dessus en rouge nécessiteraient de travailler sur la base de données des rôles pour atteindre l'exactitude. On a mis arbitrairement ici un coefficient, modeste, de 110%. Par définition, on est sûr d'avoir un coefficient supérieur à 100%. Plus les revenus de la population sont modestes et plus la hausse est forte, plus le coefficient sera élevé. C'est l'inverse pour la ligne cotisations inférieures à 80 F, mais c'est négligeable.

Seuls les dégrèvements inclus dans l'allocation compensatrice neutralise la contribution de l'Etat.

Synthèse
THn = 10% THn = 12%
Produit Communal TH
1 000 000
1 200 000
TEOM (ou ROM)
200 000
0
Allocation compensatrice
100 000
100 000
Produit total TH + TEOM (ou ROM)
1 300 000
1 300 000
Contribuables locaux
1 122 890
1 098 372
Etat
177 110
201 628

On constate ici un décalage entre ce tableau et le précédent. Il s'agit de la différence suivante :


Allocation Compensatrice de n - Allocation Compensatrice de n-1= 2 400
102 400 -100 000 = 2 400
179 510 -177 110 = 2 400
204 028 -201 628 = 2 400

En effet, sur l'exercice n, la commune perçoit l'Allocation compensatrice de n-1. En revanche, les autres dégrèvements sont compensés totalement et immédiatement par le Trésor Public.

Il y a donc 2 effets qui apparaissent au travers de cet exemple théorique :

  1. Une redistribution de la charge entre contribuables, à l'avantage très net des faibles revenus. On n'a pas développé ici cet aspect, on rappellera uniquement que la TEOM ne donne lieu à aucun dégrèvement.
  2. La contribution de l'Etat augmente nettement et celles des contribuables locaux baissent quand on supprime la TEOM (ou ROM).

On notera en outre qu'il se produit du côté des entreprises, avec la TP, un mécanisme qui provoque également une hausse de la contribution de l'Etat : le plafonnement sur la valeur ajoutée.

Refiscalisation 4 taxes : les embûches de la mise en oeuvre

Vous avez lu ce qui précède, vous avez compris que votre position n'est pas la meilleure, vous souhaitez une politique fiscale plus favorable aux faibles revenus, et vous êtes prêt à sacrifier à la difficile explication sur la hausse de la TH (ou des 4 taxes globalement) pour sacrifier la TEOM (ou ROM), est-ce que l'intérêt financier local va s'y retrouver à coup sûr et immédiat ? Hélas, ce n'est pas sûr, ou plutôt cela demande à être simulé et vérifié.

En effet, en raison de l'encadrement de la hausse du "taux net 3 taxes" intervenant dans le calcul de l'effort fiscal, vous allez inévitablement connaître un exercice de chute de l'effort fiscal, avec ses conséquences sur la DSR (et/ou la DSU) et ses conséquences éventuelles sur le Fonds National de Péréquation (FNP). Il y aura donc un effet négatif sur les dotations, limité à un exercice certes, mais qui peut se révéler cruel. Il faut donc prendre la précaution de vérifier les effets de la réorientation de la poltique fiscale sur les dotations.

Concrètement, les dispositions nouvelles concernant la TEOM font partie des décisions qui doivent être prises au 1er juillet de n-1. Cela dit, si la collectivité réduit le produit du compte 7331 à zéro, il n'y a pas de blocage à en décider ultérieurement. Prévenez tout de même le Centre des Impôts, qui définit tous les ans le taux TEOM issu du montant voté au compte 7331, dans un souci de bonne collaboration, aussi tôt que possible. Donc, si vous décidez la suppression de la TEOM (ou ROM) en 1999, vous aurez des effets sur l'effort fiscal déterminant les dotations de l'année 2000.

La raison technique tient à ce que le produit communal pris en compte est le potentiel des 3 taxes ménage multiplié non pas par le taux 3 taxes de n, mais par le taux 3 taxes de n plafonné. Le plafond est défini par le taux 3 taxes de n-1 multiplié par la hausse moyenne du taux 3 taxes entre n-1 et n dans la strate.
Un peu compliqué... Prenons un exemple chiffré d'une DGF de n+1 (soit DGF 2000 si l'on considère l'alternative pour 1999) :

TEOM (ou ROM) Maintien Suppression
Produit 3 taxes de n 5 000 000 5 500 000
Produit TEOM (ou ROM)
500 000
-
Potentiel 3 taxes
36 094 516
36 094 516
Taux 3 taxes n-1
0,1332611
0,1332611
Taux 3 taxes n
0,1385252
0,1523777
Hausse communale
3,950215%
14,345237%
Hausse moyenne de la strate
3,270425%
3,270425%
Produit communal 3 taxes
pris en compte
4 967 302
4 967 302
Exonération de n
20 000
20 000
Produit 3 taxes intercommunal
700 000
700 000
Produit Effort Fiscal
5 487 302
4 987 302

Donc, si vous supprimez en 1999 la TEOM (ou ROM), vous aurez un produit pris en compte pour l'effort fiscal en baisse et cela a des conséquences sur les dotations de l'exercice 2000. Le taux 3 taxes de n devenant le taux 3 taxes de n-1 l'exercice suivant, par définition, l'effet disparaît en 2001.

L'encadrement du taux 3 taxes n'existant pas au niveau du produit prélevé par le groupement intercommunal, la suppression de la TEOM (ou ROM) intercommunale n'entraîne en revanche aucune conséquence négative mais uniquement des avantages.

© Dominique Filatre
Formation et Conseil en Gestion Publique Locale
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