Action locale Finances
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Le résultat et son affectationCet article a pour objet de souligner la nécessité de préparer en amont l'affectation du résultat. En effet, si la préparation technique n'est pas suffisante on risque fort de voir le comptable au moment de l'affectation imposer une décision au gestionnaire et ainsi contraindre le conseil municipal à nier son arbitrage voté lors du budget primitif. Logiquement, une comptabilité sert à déterminer le résultat économique de l'activité. C'est un objectif primordial que de conclure à l'enrichissement ou à l'appauvrissement. Néanmoins, les collectivités ne pratiquant pas entièrement les principes de dotations aux amortissements, de provisions et de rattachements à l'exercice, puisque la M14 édulcore l'obligation de mettre en oeuvre ces principes, on navigue entre la conception ancienne de l'excédent et la notion de résultat. On parle d'affectation du résultat, notons que le terme est en réalité souvent impropre. Commençons par le début. Lors de l'élaboration
du budget primitif, un virement prévisionnel à la section
d'investissement (023) est prévu. Sa signification aurait sans doute
été plus directement perçue si on l'avait appelé
"résultat prévisionnel", mais qu'importe. Il y a 3 règles
d'équilibre, l'égalité dans chacune des sections et
une règle d'autofinancement net positif que l'on peut résumer
par l'équation simplifiée suivante :
![]() Même si l'on fait une prévision serrée, et l'on doit toujours faire une prévision aussi serrée que possible, mécaniquement, sauf événement atypique et exceptionnel, le résultat constaté est un peu supérieur au virement prévisionnel. C'est un effet de système puisque, en moyenne, 80 à 85% des recettes proviennent des chapitres 73 et 74. L'essentiel du chapitre 73 est alimenté par les 4 taxes (ou 3 taxes plus dotation de compensation communautaire), de même la Dotation Globale de Fonctionnement est l'élément largement dominant du chapitre 74. Rappelons que lorsque les bases fiscales sont notifiées par le centre départemental des impôts, le conseil municipal vote les taux et que le produit est assuré. La collectivité bénéficie généralement d'un petit ajout avec les "rôles supplémentaires" en début d'automne, mais en tous cas le produit n'est jamais inférieur à la prévision. Quant à la DGF, elle ne réserve aucune mauvaise surprise dès lors qu'elle a été notifiée. Ainsi, l'essentiel des recettes est assuré. Du côté des dépenses, le budget est un acte de prévision, mais aussi d'autorisation par chapitre. Par définition, on ne peut pas dépenser plus que prévu globalement sauf à modifier le budget. ![]() La décision centrale du vote budgétaire est toujours la même : solliciter davantage d'impôts pour dégager davantage d'argent pour investir ou se contenter de moins. L'imposition est contraignante et justifiée par des choix politiques pour la collectivité. Il importe donc de faire une bonne prévision pour que le décideur puisse avec la meilleure connaissance possible jouer le rôle d'arbitre qui lui revient. La méthode qui devrait être ordinairePour les raisons déjà évoquées, on constate un résultat généralement supérieur au compte 023. Il y a une marge d'erreur technique inévitable liée au principe même de la démarche prévisionnelle. Toutefois, si l'écart que l'on constate au compte administratif est très important cela pose un problème puisque le décideur a voté des taux d'imposition pour dégager par exemple 1000 et non pour un résultat de 2000 ou 3000. La décision politique est dépendante de la qualité technique de la préparation budgétaire. Dès lors que l'exécution budgétaire est achevée, le conseil municipal peut procéder à l'affectation du résultat. Les conseils municipaux ne prêtent pas toujours à cette procédure l'attention qu'elle mérite. La méthode ordinaire d'affectation devrait être la suivante :
De cette manière, l'assemblée délibérante confirme son vote du budget primitif en faisant de son résultat prévisionnel une recette définitive d'investissement et elle constate l'écart technique en report de fonctionnement. Si elle fait autre chose, l'Assemblée remet en cause l'équilibre financier qui a justifié l'appel à l'impôt. Elle en a certes le pouvoir ou le droit, cela mérite toutefois une explication publique et politique que l'opposition ou la population pourront légitimement réclamer. Maintenir le déficit d'investissement au-dessous du 021Cependant, pour permettre au conseil municipal de pratiquer cette "méthode ordinaire", il faut veiller à ce que le déficit d'investissement soit inférieur au montant du compte 021, sinon la possibilité d'arbitrage dans l'affectation du résultat est diminuée, voir supprimée. Cela tient à ce que le report en fonctionnement n'est possible qu'après la réalisation de l'équilibre global des deux sections additionnées. Le résultat doit être affecté en priorité :
Dès lors que l'on pratique une bonne gestion de trésorerie, c'est-à-dire une "trésorerie zéro", l'exercice se termine avec un déficit en section d'investissement, puisque le fonctionnement dégage un solde positif. Cette tendance naturelle peut être troublée par les budgets annexes, néanmoins le déficit d'investissement est normal alors que l'excédent en investissement dénote a priori une mauvaise gestion de trésorerie ou une situation particulière qu'il convient de justifier. S'ajoute à cela les effets des engagements non-mandatés, particulièrement importants en section d'investissement, qui sont pris en compte. L'instruction M14 indique explicitement que "le besoin de financement de la section d'investissement est corrigé des restes à réaliser en dépenses et en recettes" alors qu'en revanche, "il n'est pas tenu compte des restes à réaliser de la section de fonctionnement". Rappelons d'abord que la notion de reste à réaliser a fondamentalement changé depuis l'introduction de la M14. Ils ne sont plus définis par le différentiel entre crédits prévus et crédits consommés, mais par les engagements réalisés et non mandatés. En l'occurrence, pour les marchés publics, l'engagement s'inscrit en comptabilité au moment où l'ordre de service est délivré. On peut avoir une interprétation un peu plus large en considérant l'engagement réalisé dès lors que le contrat issu de la procédure de marché est signé avec l'entreprise. Préparer ses recettes certaines sans émission de titrePar conséquent, les sommes engagées non mandatées étant souvent importantes en section d'investissement, il est indispensable de faire des "recettes certaines sans émission de titre" pour ne pas sombrer dans un déficit qui obligerait le conseil municipal à affecter la totalité de son résultat au compte 1068 tout en continuant à minimiser les disponibilités non rémunérées sur le compte de la collectivité au Trésor public. Dans la pratique, il y a deux solutions :
Cette mécanique n'est pas encore inscrite dans
les habitudes de la plupart des collectivités, elle est pourtant
parfaitement logique. La collectivité s'est engagée auprès
d'entreprises à faire des dépenses, il faut qu'elle obtienne
en contre-partie des engagements sur ses recettes pour respecter l'équilibre.
Conclusion philosophiqueIl est malheureusement vrai que les assemblées prêtent peu d'attention à l'affectation et qu'elles ne s'offusqueront que rarement d'une imputation totale au compte 1068. Mais alors, à quoi sert-il de voter un budget ? La technocratie menace d'envahir les collectivités locales comme elle a envahi l'Etat. La communication financière de nos collectivités locales est bien médiocre, mais elle a toute chance de rester pitoyable si le conseil municipal n'est pas respecté en tant que décideur. On peut discuter de l'opportunité de cette règle de l'équilibre global des deux sections avant d'être autorisé au report en fonctionnement. Il y a un conservatisme certain à maintenir le dogme de l'équilibre budgétaire sur la base de la section d'investissement quand on a fait une réforme supposée nous amener vers une gestion patrimoniale. La Direction de la Comptabilité Publique n'échappe pas à ses propres contradictions. Mais surtout, on ne peut être qu'effaré du mépris total des assemblées municipales qui transpire dans ce système où l'on induit que la raison comptable l'emportera souvent sur la décision politique du vote budgétaire. Avant la M14, le Maire effectuait le prélèvement de sa propre autorité. La procédure d'affectation par délibération remet ce pouvoir au conseil municipal. C'est une modification bienvenue, pleinement légitime. Encore faut-il que les assemblées municipales prennent la mesure de leurs responsabilités dans la démarche et que la technique d'exécution budgétaire les affranchisse d'une affectation forcée et contrainte. Ainsi la démocratie locale devient-elle de plus en plus tributaire de la technocratie territoriale. |