3 - La mécanique budgétaire
a) Les 3 équilibres budgétaires
Comme toute entreprise, privée ou publique,
la commune est tenue d’appliquer un plan comptable. Mais ce n’est pas le
PCG 82 utilisé par les entreprises privées, mais une adaptation,
la M14. Il faut, pour l’heure, bien comprendre que la commune n’a ni compte
d’exploitation ni bilan, mais deux sections : une section de fonctionnement
et une section d’investissement.

Il y a 2 sections et 3 règles d’équilibre.
L’équilibre budgétaire s’entend donc par le respect de trois
règles :
-
Fonctionnement : Dépenses
= Recettes
-
Investissement : Dépenses
= Recettes
-
Résultat de fonctionnement
> Remboursement de capital.
Cette 3ème règle mérite discussion,
précision et approfondissement et on y reviendra plus en détail
ultérieurement.
b) Le vocabulaire comptable
Dans les communes de moins de 3500 habitants,
les comptes sont tenus par nature et non par fonction. Cela signifie que
les dépenses et les recettes sont classées selon la nature
de l’objet et non en fonction de sa destination. On peut savoir, par exemple,
combien la commune dépense en « énergie-électricité
» au compte 60612, mais on ne sait pas quelles ont été
les dépenses et recettes propres à la garderie périscolaire,
qui a aussi coûté en électricité, comme la mairie,
la salle de sports et l’éclairage public... L'une des grandes innovations
de la M14 est d'apporter, pour les communes de plus de 3 500, à
la fois une lecture par fonction et une lecture par nature. Les élus
municipaux des communes de plus de 10 000 habitants peuvent se prononcer,
c’est-à-dire voter, des comptes par fonction.
Dans la nomenclature, chacun des chiffres correspond
par ordre décroissant à un regroupement financier cohérent.
Exemple :
61521.
Classe 6.
Chapitre 61.
Ligne ou article : 61521.
c) Quelques grands principes de comptabilité
publique locale
* Le budget est à la fois un acte de
prévision et un acte d’autorisation. Cela signifie notamment
que le budget est voté par chapitre et que le Maire ne peut pas
dépenser plus que le montant inscrit par chapitre.
Le Conseil Municipal peut demander à s’exprimer
par ligne, la même règle de non-dépassement s’impose
alors. Le vote par ligne est obligatoire uniquement pour les subventions
(compte 657) en fonctionnement. Il est en revanche obligatoire par ligne,
que l’on appelle aussi programme, pour les dépenses d’investissement
en acquisitions et travaux (chapitres 21 et 23).
* Le principe d’unité de caisse.
La commune n’a qu’un seul compte bancaire, obligatoirement au Trésor
Public. Seul, le receveur municipal a accès à ce compte.
Le problème en la matière, c’est la non-transparence de la
trésorerie. Rien dans le budget ne permet réellement de savoir
où en est la trésorerie et comment elle se situe au cours
de l’exercice alors que celle-ci doit s’apprécier non en termes
de résultat mais en termes de flux. C’est particulièrement
gênant quand il y a plusieurs budgets.
* Le budget principal et l’externalisation
budgétaire. Lorsque l’on compare les communes, on compare en
réalité les budgets principaux, mais ceux-ci ne recouvrent
pas toute la surface financière de la commune. Il y a tout d’abord
les Services Publics Industriels et Commerciaux (SPIC) qui doivent obligatoirement
faire l’objet de budgets annexes en nomenclature M49.
Il y a les externalisations liées au développement
des structures intercommunales qui apparaissent sous forme de contributions
(6554) ou qui n’apparaissent pas si l’Etablissement Public de Coopération
Intercommunale (EPCI) a une fiscalité propre.
Il y a aussi les organismes para-municipaux qui
ont un budget distinct et la personnalité morale, comme les Offices
Municipaux des Sports par exemple, les Offices du Tourisme, les Caisses
des écoles et les CCAS : le budget principal ne retrace alors qu’une
subvention. Sous cet angle, il convient aussi de signaler l’importance
des garanties d’emprunt. Leur montant ne figure que dans la page d’informations
générales. La M14 contraint à provisionner dans le
budget principal le risque que cela représente dès lors qu’il
ne s’agit ni de logement social, ni d’enseignement.
* Et un principe fondamental de bonne gestion
: la modification des chapitres 023 et 021 par « délibération
modificative budgétaire » (DM) doit être évitée.
Ce n’est pas une contrainte juridique, mais une contrainte politique qu’il
est très souhaitable d’observer parce que l’équilibre budgétaire
est construit sur la base d’un équilibre entre un résultat
prévisionnel et le niveau des taux d’imposition.
d) Les obligations de communication financière
Le grand problème des comptes communaux, c’est la transparence.
Cela est vrai non seulement pour le public, et il n’est pas indifférent
que le document budgétaire soit compréhensible ou non pour
l’électeur-contribuable, mais aussi pour les spécialistes!
Ceux-ci s’empressent toujours de faire quelques « ratios »
avant de livrer la première de leurs impressions...
Un budget est avant tout un instrument de mémoire.
Toute action municipale ou presque a une traduction budgétaire.
Il ne faut pas négliger le fait que la compréhension réelle
d’un budget ne se distingue pas de la connaissance de l’action municipale,
il y a donc tout simplement un apprentissage permanent de l’histoire de
la commune au travers de ses engagements financiers.
Reste qu’en conséquence de la volonté
de transparence budgétaire, les communes de plus de 3 500 habitants
doivent fournir avec le budget des ratios définis nationalement
qui sont de vrais repères, à condition de les présenter
sur plusieurs années (ce qui n’est pas obligatoire). De même,
la liste des organismes communaux auxquels la commune participe doit être
fournie avec le compte administratif.
e) Le but du jeu de la préparation budgétaire
Il importe de prévoir juste au moment du
vote du budget, car le centre de la décision peut toujours se résumer
ainsi:
quel effort fiscal demande-t-on aux contribuables
pour dégager quels moyens pour investir ?
En raison de l’autorisation par chapitre, le résultat
au compte administratif est structurellement supérieur au résultat
prévisionnel. Néanmoins, il n’est pas souhaitable par principe
qu’il soit excessivement supérieure à la prévision
: au contraire, à certains égards, car c’est faire la preuve
a contrario que :
a) la prévision étant
médiocre, le Conseil Municipal n’a pas été réellement
en position d’arbître;
b) pire, que l’impôt n’est
pas justifié.
L'imposition dit, en français élémentaire,
qu'on oblige à payer. Il revient au Conseil Municipal de vérifier
que l'imposition est justifiée au regard des politiques publiques
qu'il entend mener.