Régionales : incroyable schizophrénie au détriment du citoyen

Malgré le tohu-bohu politique et médiatique provoqué par les élections régionales, il ne s'est rien passé pour nos régions en ce mois de mars 1998. Le Monde, daté du 22 mars, en fait un compte-rendu époustouflant en consacrant les pages 1 à 9 à l'élection des présidents de région, puis après deux pages "société" distinguant ainsi l'événement de l'accessoire, on trouve une pleine page intitulée "la gestion des conseils régionaux ne crée pas de polémique droite-gauche" ! Incroyable schizophrénie !

Ainsi apprend-on que sur 3 010 rapports soumis à la commission permanente de Charentes-Poitou entre 1992 et 1998, une vingtaine ont réveillé le clivage politique : des décisions touchant l'aide à l'enseignement privé, aux grands équipements et à quelques projets touristiques. Ce qui confirmerait le propos tenu par une élue régionale sur les ondes de France-Inter au cours de la semaine précédant l'élection : "la gauche et la droite se battent 3 semaines avant les élections puis font la trêve des confiseurs pendant 6 ans". Mais l'institution régionale a une envergure si limitée que l'on ne voit pas très bien sur quoi les politiques se distingueraient.

La construction des lycées absorbe 60% des investissements en 1997. Par ailleurs, les contrats de plan, ce drôle de partenariat avec l'Etat, ont bien souvent paralysé l'exécution des budgets. Finalement, le moyen le plus pratique pour donner un peu de corps à l'institution est de recourir à l'endettement, et donc tôt ou tard à la fiscalité. Et voilà l'éruption de Vulcania.

Non, il ne s'est rien passé. Personne n'a remarqué que l'Etat a un problème dans la gestion de l'Education nationale, que les villes paient pour la construction des universités avec les départements et les régions, que l'Etat annonce Internet dans les écoles et que France Télécom propose ses tarifs réduits d'abonnement... aux collectivités locales. Le principal problème comme chacun sait, pour le gestionnaire des bâtiments, c'est la sécurité des lycées.

Maigre pouvoir issu de l'opacité

Non, d'ailleurs tout va bien. Entre les agences de bassin, les barrages départementaux, les interconnexions des syndicats mixtes, les syndicats de distribution d'eau gérés par les DDAF avec des trésoreries fabuleuses et dans une belle indifférence pour les règles de la comptabilité publique, les communes propriétaires des réseaux de distribution et les compagnies fermières qui exploitent... Tout va bien. La région invente un programme "eau pure", les élus municipaux donnent des avis, le préfet délivre les autorisations pour les installations classées, le consommateur achète sa bouteille d'eau à BSN et la CGE achète Havas. Tout va très bien.

Les financements croisés et les cumuls de mandat ont prospéré sur une décentralisation inachevée. Tant que les élus locaux n'entament pas un débat public sur l'intérêt général local, le principal signe dont ils disposent auprès des électeurs tient en une étiquette délivrée par les états-majors politiques parisiens et leur maigre pouvoir provient essentiellement de l'opacité des réseaux administratifs et partisans.

Il y aurait bien une autre voie : la mobilisation des citoyens. Mais qui croit vraiment à la démocratie ?

d.Filatre@wanadoo.fr

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