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Dimanche
soir, j’ai entendu une électrice dire que "la soirée était
bien triste mais que, de toute façon, on a que les élus qu'on
mérite". Il m’a semblé que cette interpellation était
forte et méritait réflexion. Alors voilà, je propose
cette petite lettre spécialement destinée aux élus
locaux et à mes collègues territoriaux.
Chers élus locaux, chers collègues, A-t-on quelque chose à dire en tant que fonctionnaires ou en tant que contractuels territoriaux sur les résultats du 1er tour de l’élection présidentielle ? Il n’y a, me semble-t-il, aucune raison de se prendre pour de super-citoyens ou pour insinuer que nous serions un milieu professionnel un peu plus "autorisé" qu’un autre pour reprendre la célèbre expression de Coluche. Mais nous avons des responsabilités vis-à-vis des élus. La neutralité posée en principe de la Fonction publique est insoutenable au regard du rôle que nous devons assumer en tant que collaborateurs d’élus. Le terme de collaboration porte à la fois une terrible connotation historique et la définition la plus précise de la fonction des cadres territoriaux tant il est vrai que la direction d’une administration territoriale fonctionne toujours sur le tandem élu/administratif, que ce soit entre le maire et son DGS ou entre l’adjoint et le chef de service. Cela nous distingue-t-il de l’Etat ? Pour l’instant oui, au niveau de l’Etat, c’est carrément l’osmose entre élus politiques et hauts fonctionnaires salariés. La modération est une vertuL’engagement est la seule valeur dont un responsable public salarié puisse se prévaloir. La neutralité est une sinistre plaisanterie, une "paponnade". Le thème de la neutralité et les modalités de recrutement par concours qui ferment de fait, malgré quelques aménagements de façade sous la contrainte européenne, l’accès de la fonction publique aux étrangers conviennent parfaitement aux fascistes . Mon diagnostic ne va pas faire plaisir à tout le monde, tant pis : le corporatisme est la base même des thèses, il faudrait plutôt dire des sottises, de l’extrême droite française.Mon expérience personnelle auprès des élus locaux m’a appris que la modération est une vertu politique universelle. C’est l’élu qui décide et le cadre territorial doit être capable d’aider l’élu à percevoir les enjeux comme à mettre en œuvre ensuite les décisions. Les élus et les cadres travaillent ensemble, ils collaborent, cela ne peut se faire sans une confiance qui nécessite l’honnêteté dont le respect des valeurs républicaines est partie intégrante. Mais il n’y a aucune nécessité de mono-coloration politique. L’accentuation du système des dépouilles constatée depuis les dernières municipales et cantonales, un an maintenant, illustre trop souvent la négation de la valeur d’engagement du responsable public salarié. Dangereux effet pervers. Toujours d’expérience personnelle, la mienne et celle de quelques collègues, je puis dire que la distance politique est un excellent atout dans la collaboration. En tous cas, j’invite les élus locaux à mesurer le risque à confondre couleur politique et compétence professionnelle : la nomination de cadres non républicains sera pré-normalisée, banalisée d’avance dans les collectivités conquises par le Front National. Une hypothèse qui ne fait pas plaisir, mais cela s’est déjà vu… Mes chers collègues, il faut absolument faire un aveu à nos élus : la neutralité et la protection politique sont les deux meilleurs refuges de l'incompétence. Et j'ai quelques petites choses à ajouter. Par gratitude, je mentionne seulement, sans m'apensantir, le cas du candidat aux Présidentielles qui a transformé son bulletin de parrainage en pétition contre l’intercommunalité auprès des maires ruraux. On ne saura peut être jamais très bien ce qu’est le trotskisme, mais la leçon de manipulation est une petite merveille, chapeau l’artiste ! Confusion des pouvoirs et curée au coin du bois (*)Revenons donc à Michel Colucci. La loi 62-1292 modifiée prévoyant "les 500 parrainages" (le nombre est passé de 100 à 500 par la loi organique 76-528 du 18 juin 1976) est dépassé et surtout profondément contradictoire avec les principes de la décentralisation. La question n’est pas de savoir s’il faut limiter ou non le nombre de candidats aux élections présidentielles, l’impact médiatique rend incontournable la limitation. Mais c’est un problème de l’Etat qui n’a rien à voir avec nos collectivités locales. Rien, et les maires sont élus pour gérer des collectivités locales, non pas pour être des citoyens décorés d'écharpe à glands. L’image des notables républicains enrubannés bleu blanc rouge, délicieux souvenir de la IIIème République, ne colle pas avec la démocratie contemporaine qui a besoin de transparence et qui ne peut s’accommoder de la confusion des pouvoirs.La candidature de Coluche a révélé que les préfets n’étaient pas forcément aussi neutres (nous y revoilà) que cela vis-à-vis des maires qui apportaient leur signature au Comique. Aujourd’hui, les maires qui ont apporté leur signature aux "petits candidats" sont sous la pression des médias qui confondent allègrement, dans l'information retransmise aux électeurs de la commune, leur louable souci républicain et le soutien aux candidats. Sans être assuré de l'aveuglement préfectoral. L’identification des élus signataires étant largement plus accessible via la presse écrite ou internet que les primes des préfets… Cette loi des
500 signatures est une chasse de nuit autorisée dans les bois territoriaux
avec les puissants projecteurs du Conseil constitutionnel. De nombreux
maires ressentent le piège, mais ne savent pas vraiment comment
sortir du bois : permettre la démocratie au niveau de l’élection
présidentielle ou éviter l’étiquetage. Les mairies
sont un terrain de chasse pour les partis politiques qui souhaitent toujours
étendre davantage leur champ d’influence.
Notre responsabilité est dans la loyautéLe Bureau de l'Association des Maires de France en rappelant "avec la plus grande fermeté que les élus locaux et parmi eux les maires ont l'entière liberté de leurs choix de donner ou non leurs parrainages et que toute pression, quelle que soit sa forme, est juridiquement et moralement inacceptable", a aussi estimé dans son communiqué, trois lignes plus loin, que "dans l'hypothèse d'une réforme nécessaire du fonctionnement des parrainages, il faut impérativement maintenir un filtre afin de garantir à l'élection présidentielle son sérieux et sa haute valeur républicaine". Hypocrisie ! On fait semblant de défendre les maires ruraux, en les maintenant dans la cour du gibier... Qu’est-ce que c’est que cette histoire de "haute valeur républicaine" ? Belle grandiloquence. Mais pour faire oublier à un professionnel que les partis politiques sont largement installés au coeur du Bureau de l'AMF, c'est insuffisant !La seule façon de protéger les maires est de leur permettre de mieux identifier la confusion des pouvoirs, de les soutenir en dénonçant mieux les mécanismes des pressions qu’ils subissent par la plus vieille ruse qui consiste à faire semblant de vous donner un pouvoir pour mieux vous contrôler. Voilà précisément ce qu'est notre travail de collaborateur d’élus, ni neutre, ni soumis à une couleur, mais engagé. Et notre responsabilité est aussi de ne rien cacher, de dire les choses avec loyauté : au-delà de l'abrogation de cette loi des 500 parrainages qu'il faut revendiquer, Mesdames et messieurs les élus ruraux, jamais vous n'aurez de professionnels de haut niveau à vos côtés sans intercommunalité, vous resterez du gibier. Oui Madame, on a les élus qu’on mérite ! (*) Note a posteriori du 10 mai 2002 : le terme de "curée" n'est pas abusif comme on a pu le voir dans le cas pathétique de Mareuil |
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