1999 : euro an I

Le thème des voeux de bonne année 1999 est tout trouvé. La construction de la monnaie unique appartient désormais au passé. Il reste à gérer les conséquences de la mise en place dans la pratique de nos collectivités locales : elles se situent d'une part au niveau financier et d'autre part dans la gestion de l'information.

Ça y est l'euro est arrivé. L'événement formel est intervenu le 1er janvier 1999, mais le marché financier a pris acte au cours de l'année 1998. Sur le plan financier, les cotations en euros, en euribor, etc... cela ne bouleversera pas la vie de nos collectivités locales. La création de l'euro a permis une baisse appréciable des taux d'intérêt en 1998. Ce mouvement lié à l'unification monétaire paraît achevé.

Mais à partir de maintenant, 1999, une nouvelle page va s'écrire et il n'est pas facile d'en évaluer la portée : quel va être la place de l'euro dans les réserves des banques centrales du monde ? Il paraît a peu près certain qu'elle sera plus importante que l'addition des ex-monnaies européennes. La Chine a annoncé son intention de porter l'euro à 33% de ses réserves et son intention d'étaler ses prises de position pour atteindre ses objectifs en 2002. La position de nombreux autres intervenants est incertaine.

La concurrence entre les trois grandes devises mondiales, le dollar, le yen et l'euro va être ferme et la stabilisation de l'équilibre entre les trois n'est pas acquise d'avance. Conséquence : des tensions sur le marché des devises et sur les taux d'intérêt. Les deux sont toujours liés, mais taux pourraient être moins en vedette que les devises.

La spéculation sur les devises va prendre une nouvelle actualité. Les collectivités locales vont pouvoir s'y intéresser dans un contexte beaucoup plus sécurisant : l'euro est fort, à l'abri des tempêtes spéculatives que pouvaient subir le franc, alors que le dollar et le yen semblent beaucoup plus fragiles. En tant qu'emprunteur, une collectivité locale peut spéculer sur la baisse d'une devise. Le problème n'est pas d'avoir une attitude théorique ou théologique sur la spéculation, elles existent souvent, il est d'organiser des règles internes pour gérer les opportunités et les risques. Ceux-ci n'existent évidemment pas aux yeux de ceux qui les ignorent.

Surinformation et désinformation

Le second aspect qui mérite attention dans la mise en place de l'euro, c'est la formidable mécanique de surinformation. Il ne s'agit ici de minorer l'importance de la mutation financière, mais je crois utile de s'interroger sur les mécanismes qui conduisent la presse écrite et audiovisuelle à nous abreuver quotidiennement d'informations dont l'utilité pratique me paraît douteuse.

Une fois que nos concitoyens ont compris que l'euro a remplacé le franc, qu'il vaut 6,50 francs, et que nos pièces et billets seront traduits en euros au cours du premier semestre de 2002, il me semble que cela tient en 3 lignes et que ce n'est pas en en faisant 100 lignes dans le désordre quotidiennement qu'on éclaire les débats.

Présenter les fac-similés des futurs billets dans les écoles maternelles, c'est de la propagande et non du service public. Les collectivités locales sont invitées à participer aux "campagnes d'information", mais au nom de quelle responsabilité ? Les collectivités locales sont surtout contraintes aux dates imposées par le Trésor Public pour basculer leurs comptes en euros et c'est déjà déterminé : 2002, le plus tard possible.

La confusion des responsabilités est probablement la première désinformation du citoyen que l'on devrait s'appliquer à combattre.

d.Filatre@wanadoo.fr

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