Débat public local et algarades symboliques

Le scrutin régional va être modifié et le cumul des mandats limité. Tout le monde connaît le problème de la majorité régionale introuvable et ses conséquences. Le cumul des mandats est surtout défendus par les "grands élus", sans que l'on connaisse l'avis de la masse des 520 000 élus locaux de France. Mais au-delà de toutes les modifications législatives, la représentation politique locale souffre d'insuffisances sur lesquelles les acteurs locaux ont une responsabilité engagée. C'est une réflexion de fond et des comportements qui doivent évoluer.

Dans le dernier bulletin municipal de Pordic (Côtes-d'Armor), l'opposition explique les raisons de son départ de la salle du Conseil Municipal le 4 septembre dernier. Le maire a présenté une liste de 15 candidats issus de sa majorité pour représenter les électeurs pordicais au vote des élections sénatoriales.

L'opposition estime que le maire bafoue ainsi la démocratie en privant 58% des électeurs de représentation, la majorité municipale étant en effet issue d'une triangulaire en 1995. Pour que le tableau soit complet, sans entrer dans le détail des péripéties, le Maire n'a pas manqué de souligner qu'il avait vécu exactement "la même frustration" 9 ans auparavant lorsqu'il était lui-même minoritaire dans l'assemblée municipale.

Le plus important, dans cette chronique ordinaire, c'est la théâtralisation de la vie publique locale que l'on qualifie souvent de politisation. L'incertitude quant aux résultats de l'élection sénatoriale dans le département des Côtes-d'Armor étant des plus réduites, c'est bien à des fins municipales que l'affrontement visible a été choisi.

C'est un paradoxe récurrent de notre univers public local. On provoque l'affrontement sur un terrain politique, comme une sorte de conflit symbolique sans prise sur la gestion publique locale. Les prises de position sur les affaires municipales sont plus nuancées et finalement souvent assez discrètes, mais on saisit l'opportunité de se démarquer dans un cadre droite/gauche bien repéré des électeurs et qui met en scène l'opposition entre concurrents pour le pouvoir. Et sans frais sur les choix de la politique municipale susceptibles d'effets discriminants parmi les électeurs.

De Charybde en Scylla

Autrefois, et c'est encore vrai dans les petites communes rurales, on pratiquait un apolitisme consistant essentiellement en un refus de se positionner publiquement dans une attitude assez proche de l'attachement des électeurs au secret du vote. Dans les instituts de sondage, on sait très bien qu'il faut encore beaucoup de précautions pour obtenir la réponse sur les questions de positionnement politique, et particulièrement chez les personnes âgées, en secteur rural - paradoxalement aussi dans les catégories qui s'abstiennent le moins.

C'est pourtant dans les petites communes, dont la couleur politique est peu affichée, que les maires ont largement signé une pétition récemment contre le PACS. Rappelons que les maires ont une mission déléguée de l'Etat en tant qu'officier d'état-civil, mais n'ont aucune responsabilité de gestion en ce domaine. En signant cette pétition, les maires sont donc intervenus dans le débat politique national.

On vogue vraiment de Charybde en Scylla. Ne pourrait-on espérer une certaine autonomie du débat public local par rapport au débat public national ? Espérons que la limitation du cumul des mandats aura un effet positif en ce sens. Nous avons trop vu les mandats locaux instrumentalisés en marchepied d'une carrière politique nationale.

La décentralisation, c'est plus d'autonomie au niveau des institutions locales. Plus d'autonomie, cela signifie que les choix politiques ne doivent être ni un tabou, ni un enfermement. Il ne s'agit pas de retourner à une fausse neutralité, ou de rêver à un « non-alignement » des élus locaux, mais de donner à la démocratie locale plus de communication, plus de débats publics réels et transparents. Les électeurs de Pordic, entre autres, méritent probablement mieux que quelques algarades symboliques.

d.Filatre@wanadoo.fr

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